Les écarts de désir dans le couple : quand l'amour est là, mais pas toujours l'envie
"Je l'aime, mais je n'ai plus envie."
"J'ai l'impression de toujours demander."
"Est-ce normal de ne pas avoir le même désir ?"
Ces questions sont parmi les plus fréquentes dans mes consultations de couple et en sexothérapie. Contrairement à une idée reçue, il est très rare que deux partenaires aient exactement le même niveau de désir, au même moment et tout au long de leur relation.
Il y a longtemps que je n’avais pas pris le temps d’écrire un article de blog, alors me revoici pour vous parler un peu de ce sujet qui peut toutes et tous nous concerner à au moins un moment de notre vie affective.
Les écarts de désir concernent tous les couples : hétérosexuels, homosexuels, bisexuels, pansexuels, personnes transgenres ou non-binaires. Ils ne sont ni un signe d'échec, ni la preuve que l'amour a disparu. En revanche, lorsqu'ils deviennent source de souffrance, de conflits ou d'éloignement, ils méritent d'être compris et accompagnés.
L'écart de désir : une réalité normale
Le désir sexuel n'est pas une constante. Il évolue au fil de la vie, des événements, de la santé, du stress, des émotions, de la qualité de la relation et même du contexte social.
Dans un couple, il est donc presque inévitable que les partenaires traversent des périodes où leurs envies ne sont pas synchronisées.
L'un peut ressentir un désir fréquent tandis que l'autre en éprouve peu. Cette situation peut s'inverser quelques mois plus tard.
Le problème n'est généralement pas la différence de désir en elle-même, mais ce que chacun en fait.
Quand les interprétations prennent le dessus
Très souvent, le partenaire qui désire davantage se sent rejeté, peu attirant ou insuffisant.
Celui qui désire moins peut, au contraire, ressentir de la pression, de la culpabilité, voire de l'anxiété à l'idée que la sexualité devienne une obligation.
Peu à peu, chacun se protège :
l'un insiste davantage ;
l'autre évite les rapprochements ;
les gestes tendres diminuent ;
les incompréhensions s'installent.
Un cercle vicieux peut alors se mettre en place, éloignant progressivement les partenaires.
Les causes sont multiples
Il n'existe pas une seule explication aux différences de désir.
Parmi les facteurs les plus fréquents, on retrouve :
la charge mentale et le stress ;
la fatigue chronique ;
les changements hormonaux (grossesse, post-partum, ménopause, traitements médicaux...) ;
certaines maladies ou douleurs ;
les difficultés psychologiques (anxiété, dépression, estime de soi) ;
les conflits dans le couple ;
une sexualité devenue routinière ;
des expériences passées ou des blessures affectives.
Dans les couples LGBTQIA+, d'autres facteurs peuvent parfois s'ajouter : le stress minoritaire, les discriminations, l'impact du coming-out ou encore les représentations sociales autour de la sexualité.
Chaque histoire est unique, et même si ce sujet revient souvent dans mon cabinet, aucun couple ne se ressemble !
Faut-il forcément avoir plus de rapports sexuels ?
Non.
L'objectif n'est pas de retrouver une fréquence considérée comme "normale". Il n'existe d'ailleurs aucun chiffre universel.
La véritable question est plutôt : Comment chacun vit-il cette situation ?
Un couple peut être très épanoui avec une sexualité peu fréquente, tandis qu'un autre souffrira malgré des rapports réguliers.
La qualité de la relation, le sentiment de sécurité émotionnelle, la communication et le respect des besoins de chacun sont souvent plus importants que la quantité.
Comment retrouver une relation plus sereine ?
Lorsque les frustrations s'accumulent, il devient difficile d'en parler sans reproches ou sans se sentir attaqué.
Quelques pistes peuvent déjà aider :
parler de ses besoins sans accuser l'autre ;
distinguer le manque de désir du manque d'amour ;
retrouver des moments de complicité sans objectif sexuel ;
accepter que le désir puisse être spontané... mais aussi se construire progressivement ;
sortir des scénarios sexuels devenus automatiques.
Parfois, malgré toute la bonne volonté, les blocages persistent. Ce n'est pas un manque d'efforts : certaines difficultés nécessitent simplement un espace de parole sécurisé.
Quand consulter ?
Venir me consulter en thérapie de couple ou en sexothérapie ne signifie pas que votre relation est en échec.
Au contraire, c'est souvent une démarche de prévention.
Une consultation peut être utile si :
les disputes autour de la sexualité deviennent fréquentes ;
l'un des partenaires souffre durablement de la situation ;
la communication est devenue difficile ;
la sexualité est source de pression, d'évitement ou de culpabilité ;
vous souhaitez retrouver une intimité plus épanouissante.
L'accompagnement permet d'explorer les causes du décalage, de mieux comprendre le fonctionnement du désir de chacun et de construire des solutions adaptées à votre histoire.
Je suis parfois face à des couples qui ont généralement une très bonne communication, sauf sur le sujet de la sexualité qui les intimide beaucoup. Ils souhaitent donc me consulter afin que je puisse diriger la conversation sereinement, en toute bienveillance.
En conclusion
Les écarts de désir font partie de la vie de presque tous les couples. Ils ne disent rien, à eux seuls, de la solidité de votre relation. Ce qui fait la différence, c'est la manière dont vous choisissez de les traverser ensemble.
Si vous avez le sentiment que cette situation crée de la souffrance, sachez qu'il est possible d'en parler dans un cadre bienveillant, sans jugement et dans le respect de chacun. Prendre soin de son couple, c'est aussi prendre soin de son intimité.