Couples non-monogames : ce que la thérapie peut (et ne peut pas) apporter

De plus en plus de couples franchissent la porte d'un cabinet de thérapie en disant, parfois avec une pointe d'appréhension : "nous ne sommes pas monogames, est-ce que ça pose problème pour vous ?" La réponse est non. Ce qui pose parfois problème, en revanche, c'est de trouver un espace thérapeutique qui ne parte pas du principe que la non-monogamie est en soi le symptôme d'un couple qui va mal. C'est pourtant une prémisse encore répandue, y compris chez certains professionnels, et elle mérite d'être clarifiée avant toute chose.

Sortir d'un cadre thérapeutique pensé pour la monogamie

La plupart des outils classiques de thérapie de couple ont été construits en partant d'un modèle relationnel implicite : deux personnes, exclusives l'une envers l'autre, pour qui toute relation extérieure à caractère amoureux ou sexuel constitue une trahison. Quand ce modèle sert de grille de lecture par défaut, il devient difficile d'accompagner un couple polyamoureux, en relation ouverte, en anarchie relationnelle ou dans toute autre configuration consensuelle sans, sans le vouloir, pathologiser leur mode de vie.

Une thérapie adaptée commence donc par une chose simple mais essentielle : accueillir la configuration relationnelle du couple telle qu'elle est, sans chercher à la ramener vers un idéal monogame, et sans non plus l'idéaliser à l'inverse comme une solution automatiquement plus libre ou plus saine. La non-monogamie consensuelle n'est ni un problème à résoudre ni une preuve de modernité relationnelle. C'est un choix de vie parmi d'autres, avec ses propres défis.

Ce que la thérapie apporte aux couples polyamoureux et en relation ouverte

Un des apports les plus précieux d'un accompagnement thérapeutique tient dans la clarification des accords. Beaucoup de couples non-monogames fonctionnent avec des règles qui se sont construites au fil du temps, parfois de façon implicite, et qui ne sont plus tout à fait alignées avec ce que chacun ressent aujourd'hui. La thérapie offre un espace pour remettre ces accords à plat, sans urgence ni jugement, et pour vérifier qu'ils correspondent encore aux besoins réels des deux partenaires plutôt qu'à des habitudes qui se sont installées par défaut.

Vient ensuite tout le travail autour de la jalousie et de l'insécurité, des émotions qui traversent aussi les couples non-monogames, contrairement à une idée reçue selon laquelle ce mode relationnel en serait exempt. La thérapie ne cherche pas à faire disparaître ces émotions par principe, mais à les comprendre : d'où viennent-elles, que signalent-elles, et comment peuvent-elles être accueillies par le couple sans être immédiatement traduites en interdits ou en reproches. C'est souvent là que se joue une distinction importante, entre la jalousie comme information sur un besoin non comblé et la jalousie comme réflexe culturel à combattre coûte que coûte.

La communication occupe également une place centrale. Les couples non-monogames doivent souvent développer un vocabulaire et des rituels d'échange plus fins que la moyenne, ne serait-ce que pour se tenir informés de la vie relationnelle de chacun sans tomber dans la surveillance, ou pour exprimer un inconfort sans que cela soit vécu comme une remise en cause du mode de vie choisi. Un accompagnement thérapeutique peut aider à construire ce langage commun, en particulier lorsque les deux partenaires n'ont pas la même aisance naturelle à verbaliser leurs émotions.

Enfin, la thérapie peut être précieuse pour travailler la gestion du temps et de l'énergie relationnelle, un sujet concret qui revient souvent : comment articuler plusieurs relations sans que le couple initial ne se sente relégué au second plan, comment se réserver des moments qui n'appartiennent qu'à eux, comment traverser les périodes où une nouvelle relation prend, pour un temps, davantage de place.

Les limites de la thérapie face à la non-monogamie

Il est tout aussi important de nommer les limites de cet accompagnement. La thérapie ne peut pas décider, à la place du couple, si la non-monogamie leur convient. Elle ne peut pas non plus garantir que les deux partenaires arriveront toujours à un accord parfaitement satisfaisant pour chacun : parfois, le travail thérapeutique révèle des désirs incompatibles, et cela fait aussi partie des issues possibles, sans que ce soit un échec de la démarche.

Enfin, la thérapie ne peut pas se substituer à la communauté ou aux ressources extérieures que beaucoup de personnes non-monogames trouvent utiles pour se sentir moins seules face à des questions spécifiques à leur mode de vie. Elle est un espace parmi d'autres, pas le seul lieu où ces questions peuvent et doivent se travailler.

Un espace pour penser ensemble, pas pour trancher à la place du couple

Ce qui distingue un accompagnement adapté à la non-monogamie, c'est peut-être avant tout une posture : celle d'un thérapeute qui pose des questions plutôt que d'apporter des réponses toutes faites, qui aide le couple à clarifier ce qu'il veut vraiment plutôt que de lui indiquer ce qu'il devrait vouloir. Pour des couples qui évoluent souvent en dehors des scripts relationnels dominants, disposer d'un tel espace, sans jugement et sans grille de lecture imposée, peut faire une différence considérable. Et c’est ce que je fais dans mon cabinet lorsque j’accompagne les couples non-monogames.

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